Résistance.

Arnaud se cache. Il résiste au monde. Le jour ? … peut-être…La nuit ? Certainement au sommeil, puisqu’il peint souvent aux heures où toute la famille est endormie.
Je regarde ses toiles. Lentement. Rien n’y est flatteur ni flatté. Pourtant une atmosphère touchante s’en dégage. Habitués que nous sommes à tout saisir d’emblée, nous voici décontenancés.

Au fil des œuvres qui se succèdent, c’est une poétique qui s’installe dès qu’on veut bien s’y attarder davantage…Il émane une détermination tranquille de ces moments d’éternité.

La touche est enflammée, les couleurs se fondent dans des mouvements vifs qui animent la surface tandis que personnages et scènes sont saisis dans une immobilité hivernale. En contraste à cette blancheur souvent revient un ton de feu. L’hiver est incendié de rouge. La pourpre, l’orangé, viennent tourbillonner sur des fonds sales ou marron beige rosé, gris. La palette est serrée.
Récurrent, l’homme barbu va et vient. Surgit. Nous fixe.
Il part ou arrive. Dans ces paysages fantomatiques à la Turner. Désolés. Rien n’est vraiment arrêté. Les contours s’interpénètrent.
Ca brûle froidement. Il n’y a pas de lumière. Le ciel est opaque. L’horizon obstrué. Arbres dénudés, terrains vagues, sous-bois, ne sont là que pour architecturer l’espace. Nous sommes tenus de nous concentrer sur ces personnages qui semblent surgir par hasard et pourtant nous regardent fixement…sans rien dire.

Le travail d’Arnaud résiste à l’écriture. Il ne donne pas prise au commentaire. Il se contemple longuement et en silence. Pas de tressaillements, pas d’élans subits.

L’atmosphère est épaisse.

Les images sont brouillonnes, les personnages, les objets sont schématiques mais surtout énigmatiques dans leur définition. Aucune minutie et pourtant beaucoup de délicatesse. L’âme est comme handicapée pour s’exprimer et pourtant elle se fraye un chemin en nos cœurs.

Une scène importante vient de se jouer et les personnages sont saisis dans cet après…L’artiste forme et déforme ce qui pourrait être les morceaux d’un récit dont il oublie volontiers la clef, une fois le rituel de mémoire accompli. Il met en scène des émotions qu’on serait tenté de qualifier d’enfantines par le traitement mais néanmoins profondes et réminiscences d’un ailleurs intérieur qui nous percute.

Plus que jamais, c’est l’œuvre de l’artiste qui est intéressante à découvrir comme une sorte de syntaxe en gestation. Les mots s’égrènent, autant d’images peintes, qui peinent à signifier, prises isolément par le néophyte, mais qui vues l’une après l’autre acquièrent une profondeur insoupçonnée et remontent à la surface d’un sombre étang comme autant d’histoires, pour venir éclore dans nos yeux et nos esprits.

Bernard de Labareyre
Suresnes, 28 septembre 2009

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